« Le Majordome » est manifestement un beau film porté par l'excellent Forest Whitaker. Malgré un certain académisme, une mise en scène plutôt sage et son côté romance à l'américaine, il n'en reste pas moins qu'à travers la très longue carrière de Cecil Gaines, ce majordome qui a connu huit présidences dans l'enceinte de la Maison-Blanche, la condition des Noirs américains ainsi que leur combat contre la discrimination et l'oppression sont retranscrits ici de manière émouvante !
Et pourtant, bien que certaines scènes soient dures et révoltantes, comme celle, terrifiante, du snack-bar, la violence ressentie est malgré tout largement édulcorée. On suit également avec passion la relation qui unit le père et le fils, puis ce qui les sépare. Le scénario aborde ainsi les différences de valeurs, d'éducation, ainsi que l'évolution des époques et des mœurs. La vie de famille de ce majordome sert donc d'observatoire des réactions, des divergences et des attitudes de chacun, avec toutes les souffrances qui peuvent en émerger. L'évolution et la prise de conscience de chaque personnage sont très bien rendues.
Les scènes tournées dans la Maison-Blanche sont également très révélatrices de l'état d'esprit du personnel et des responsables politiques. Cecil Gaines, incarné par Forest Whitaker, est plus d'une fois bouleversant en homme juste et digne, tout en étant profondément perdu, doutant de ses valeurs et de ses repères, remis en cause aussi bien dans sa vie familiale que professionnelle. La réussite du film repose enfin sur une distribution brillante, dont les interprètes jouent avec sobriété et une grande justesse.